Actualités

Formation franco-allemande sur les Characées du Rhin supérieur 15 juin 2026

Les Characées du Rhin supérieur au cœur d’une formation franco-allemande

Nitella flexilis (L.) C.Agardh. Photo : Stève Vincent

Compte rendu de la formation organisée à Eschau du 12 au 14 juin 2026

Du vendredi 12 au dimanche 14 juin 2026, la Société Botanique d’Alsace (SBA) et la Botanische Arbeitsgemeinschaft Südwestdeutschland (BAS) ont réuni à Eschau des botanistes français et allemands autour des Characées, un groupe d’algues encore trop peu étudié. Cette formation bilingue était centrée sur l’apprentissage de la détermination et s’est déclinée dans un large éventail d’activités alliant sorties sur le terrain, ateliers didactiques et conférences.

Pourquoi former les botanistes aux Characées ?

Par la présence de ses nombreuses gravières et mares temporaires, le bassin rhénan constitue un terrain d’exploration particulièrement riche pour l’étude des plantes aquatiques. Les Characées y occupent une place singulière : elles forment de véritables herbiers, jouent un rôle important dans la vie des milieux aquatiques et constituent des témoins précieux de la qualité des eaux.

Longtemps ces plantes patrimoniales sont pourtant restées en marge des inventaires botaniques. Les raisons sont bien connues : peu de botanistes ont été formés à leur détermination et les Characées ne figurent pas dans les flores, désormais centrées sur les plantes vasculaires. La formation proposée par la SBA et la BAS répondait donc à un besoin très concret : permettre aux botanistes de les reconnaître, de les nommer et de les intégrer davantage dans les relevés de terrain.

Deux jours et demi entre conférences, terrain et détermination

La formation s’est déroulée sur deux jours et demi, du vendredi après-midi au dimanche en fin de journée. Dès l’ouverture, les participants ont été invités à découvrir les caractères morphologiques des Characées puis à se plonger dans l’utilisation des clés de détermination.

Le samedi matin a été consacré à une prospection de terrain dans la Réserve naturelle de Neuhof-Illkirch, milieu protégé offrant un cadre idéal pour aborder les habitats des Characées et les conditions écologiques qui leur sont favorables.

La Réserve naturelle nous a autorisés à y collecter des Characées ; cet échantillonnage, complété par des prélèvements effectués dans des gravières locales et des étangs de Franche-Comté, a ensuite nourri les ateliers de détermination.

Tout au long de la formation les présentations ont apporté des éclairages complémentaires sur la diversité des Characées d’Alsace, sur le fonctionnement écologique de leurs herbiers, sur leur phylogénie et sur les méthodes d’identification par barcoding génétique. Elles ont également permis de découvrir les collections d’algues conservées au Muséum d’histoire naturelle de Karlsruhe.

Une pédagogie fondée sur l’observation

La richesse de la formation a reposé sur l’alternance entre apports théoriques, observations et échanges entre botanistes. Les participants ont travaillé à la binoculaire, confronté leurs observations aux clés de détermination et appris à reconnaître les caractères morphologiques indispensables. Cette progression pas à pas a permis aux débutants d’entrer dans le sujet sans être découragés, tandis que les botanistes plus expérimentés pouvaient se confronter à des déterminations plus complexes.

Le bilinguisme comme atout                               

L’une des belles surprises de ces journées a été la manière dont la formule bilingue a été accueillie. Loin d’être perçue comme un obstacle ou une perte de temps, l’alternance entre français et allemand a été vécue comme un véritable atout. Les participants à la session se sont relayés pour assurer la traduction des interventions, en allemand ou en français. Plusieurs stagiaires ont souligné que ce rythme leur donnait davantage de temps pour assimiler les informations et prendre des notes plus sereinement.

Pour celles et ceux qui comprenaient les deux langues, la répétition des contenus constituait même une seconde chance d’appropriation. Plus largement, la rencontre a montré que la botanique de terrain pouvait devenir un espace de coopération transfrontalière très concret, dans lequel les différences linguistiques enrichissent les échanges au lieu de les freiner.

Une aventure collective réussie

Cette première formation franco-allemande consacrée aux Characées n’aurait pas pu voir le jour sans l’engagement de nombreux partenaires et intervenants. La qualité des conférences, le soutien logistique et linguistique, la mise à disposition de matériel optique, l’accueil dans la Réserve naturelle de la forêt de Neuhof-Illkirch et les collectes d’échantillons ont permis d’offrir aux participants une formation dense, vivante, conviviale et très diversifiée.

Le soutien financier de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau et de la Botanische Arbeitsgemeinschaft Südwestdeutschland (BAS) a également été déterminant. Il a permis d’assurer un accueil de qualité, favorable aux échanges, tout en garantissant l’accessibilité de la formation à tous les botanistes.

L’ambiance a été particulièrement chaleureuse. Les échanges entre participants français et allemands, entre jeunes botanistes et botanistes plus expérimentés, ont donné à ces journées une tonalité à la fois studieuse, joyeuse et bienveillante. Les retours reçus à l’issue de la formation sont enthousiastes et confirment l’intérêt d’une telle initiative.

La formation se prolonge désormais par un travail d’identification des nombreux échantillons encore indéterminés. Ces derniers ont été photographiés et mis sous presse en vue de constituer un herbier de référence. L’ensemble de cette documentation va maintenant servir de support pour poursuivre la formation en proposant aux stagiaires d’identifier les spécimens récoltés.

Et maintenant ?

Au-delà du succès de cette rencontre, l’enjeu est désormais de construire un réseau de botanistes capables de déterminer les Characées, d’encourager leur prise en compte dans les inventaires et de développer durablement les compétences nécessaires à leur détermination.

Cette première édition a montré qu’il existe une réelle attente. Elle a également confirmé que la coopération franco-allemande constitue un cadre particulièrement fécond pour faire progresser la connaissance de ces algues longtemps ignorées. Nous pouvons donc nous réjouir collectivement de cette belle aventure et envisager la suite avec confiance.